Assurance-vie : combien vous allez vraiment payer sur un rachat
Vous avez 100 000 euros sur une assurance-vie. 70 000 euros de versements, 30 000 euros de gains. Vous voulez retirer 50 000 euros. Combien allez-vous payer d'impôts ?
Si vous demandez à votre banquier, votre beau-frère, et Google, vous obtiendrez trois réponses différentes. Et aucune ne sera complète.
La fiscalité du rachat d'assurance-vie n'est pas une simple multiplication. C'est un empilement de règles qui interagissent : la règle proportionnelle, l'abattement des 8 ans, la date pivot du 27 septembre 2017, le choix entre PFU et impôt sur le revenu.
Dans cet article, on décortique tout. Formules, calculs, pièges, exemples chiffrés. Pas de marketing.
Avertissement
Cet article compare les options fiscales disponibles. Il ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Chaque situation est unique. Pour une décision adaptée à votre cas, consultez un expert-comptable, un avocat fiscaliste ou un conseiller en gestion de patrimoine indépendant.
Lexique - avant de commencer
Rachat
En assurance-vie, on ne dit pas « retrait » mais « rachat ». Un rachat partiel, c'est retirer une partie de votre épargne tout en gardant le contrat actif. Un rachat total, c'est clôturer le contrat et récupérer l'intégralité du capital. Ce vocabulaire n'a aucune conséquence pratique sur le calcul de l'impôt.
Plus-value (ou gain)
La différence entre ce que votre contrat vaut aujourd'hui et ce que vous avez versé. Si vous avez versé 70 000 euros et que votre contrat vaut 100 000 euros, votre plus-value est de 30 000 euros. C'est uniquement sur cette plus-value que l'impôt est calculé, pas sur l'ensemble du contrat.
PFU - Prélèvement Forfaitaire Unique
Un taux d'imposition fixe de 30 % qui s'applique sur les gains financiers. Il se décompose en 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. On l'appelle aussi « flat tax ». Il s'applique par défaut sur vos rachats d'assurance-vie, sauf si vous choisissez l'option IR.
TMI - Taux Marginal d'Imposition
Le taux qui s'applique sur votre dernière tranche de revenus. En 2025, les tranches sont 0 %, 11 %, 30 %, 41 % et 45 %. Un salarié qui gagne 45 000 euros nets imposables est à 30 % de TMI. Ce taux est important parce qu'il détermine si le PFU ou l'option IR est plus avantageuse pour vous.
Antériorité fiscale
L'ancienneté de votre contrat d'assurance-vie, calculée depuis la date d'ouverture. Un contrat ouvert il y a 9 ans a une antériorité de 9 ans. C'est cette ancienneté qui détermine si vous bénéficiez de l'abattement des 8 ans. Si vous clôturez un vieux contrat et en ouvrez un nouveau, vous perdez cette antériorité.
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Ce qu'on entend souvent
« Je retire 50 000 euros, je vais payer 30 % dessus, soit 15 000 euros d'impôts. »
Ce qui se passe réellement
On taxe uniquement la plus-value contenue dans votre rachat. Pas le capital que vous avez versé. Jamais.
La règle proportionnelle
Quand vous retirez de l'argent, l'administration fiscale applique une règle simple. Votre rachat contient la même proportion de plus-value que l'ensemble de votre contrat.
Si votre contrat est composé à 30 % de gains, alors chaque euro que vous retirez contient 30 centimes de gains taxables. Pas plus.
Formule
Plus-value dans le rachat = Montant retiré × (Plus-value totale ÷ Capital total)
Application à notre exemple
Capital total du contrat : 100 000 euros
Versements : 70 000 euros · Plus-value : 30 000 euros
Taux de plus-value dans le contrat : 30 %
Vous retirez 50 000 euros
Plus-value dans le rachat : 50 000 × 30 % = 15 000 euros
Capital remboursé (non taxé) : 50 000 − 15 000 = 35 000 euros
Vous paierez des impôts sur 15 000 euros de plus-value. Pas sur les 50 000 euros retirés.
Source : BOFiP - RPPM-RCM-20-10-20
L'abattement des 8 ans
Si votre contrat a plus de 8 ans, l'État vous accorde une réduction annuelle sur la plus-value taxable. C'est l'abattement des 8 ans.
Le montant de cet abattement est de 4 600 euros par an pour une personne seule, et de 9 200 euros pour un couple marié ou pacsé. Il se renouvelle chaque année civile.
Contrat de moins de 8 ans
Plus-value dans le rachat : 15 000 euros
Abattement : 0 euro
Plus-value taxable : 15 000 euros
Contrat de plus de 8 ans (personne seule)
Plus-value dans le rachat : 15 000 euros
Abattement : 4 600 euros
Plus-value taxable : 10 400 euros
Ce que ça représente concrètement
4 600 euros × 30 % (PFU) = 1 380 euros d'impôts économiséschaque année, uniquement grâce à l'ancienneté du contrat.
Le piège du « presque 8 ans »
Votre contrat a 7 ans et 11 mois. Vous avez un besoin urgent de liquidités. Deux options s'offrent à vous.
Option A - Retirer maintenant
Plus-value taxable : 15 000 euros (aucun abattement)
Impôt : 15 000 × 30 % = 4 500 euros
Option B - Attendre 1 mois
Plus-value taxable : 10 400 euros (après abattement de 4 600 euros)
Impôt : 10 400 × 30 % = 3 120 euros
1 380 euros économisés en attendant 30 jours.
C'est souvent la période la plus rentable de toute la vie d'un contrat. Un mois d'attente peut valoir plusieurs milliers d'euros.
PFU ou IR : lequel choisir ?
Depuis 2018, vous avez deux façons de payer l'impôt sur vos plus-values d'assurance-vie.
Option 1 - PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique)
Taux fixe de 30 % sur vos plus-values, quelle que soit votre tranche d'imposition. Il se décompose en 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. C'est l'option appliquée par défaut si vous ne demandez rien.
Avantage : simple. Inconvénient : peut être coûteux si votre taux marginal est faible.
Option 2 - IR + prélèvements sociaux
Vos plus-values sont intégrées à votre revenu imposable et taxées à votre taux marginal, auquel s'ajoutent les 17,2 % de prélèvements sociaux. Vous devez le demander explicitement lors de votre déclaration.
Avantage : souvent moins cher si votre TMI est à 0 ou 11 %. Inconvénient : plus complexe à gérer.
Le tableau de comparaison
| Votre TMI | IR + prélèvements sociaux | PFU | Écart |
|---|---|---|---|
| 0 % | 17,2 % | 30 % | Le PFU coûte 74 % de plus |
| 11 % | 28,2 % | 30 % | Le PFU coûte 6 % de plus |
| 30 % | 47,2 % | 30 % | L'IR coûte 57 % de plus |
| 41 % | 58,2 % | 30 % | L'IR coûte 94 % de plus |
| 45 % | 62,2 % | 30 % | L'IR coûte 107 % de plus |
La règle simple
Si votre taux marginal est à 0 ou 11 %, l'option IR est généralement plus avantageuse. À partir de 30 %, le PFU est nettement préférable. Ne laissez jamais le PFU s'appliquer par défaut sans avoir vérifié votre situation.
Source : Article 125-0 A du CGI
La date du 27 septembre 2017
Si vous avez effectué des versements avant le 27 septembre 2017, vous bénéficiez d'un taux réduit sur ces versements, à condition que votre contrat ait plus de 8 ans.
Voici pourquoi. La loi de finances 2018 a créé le PFU à 30 %. Pour ne pas pénaliser rétroactivement les épargnants qui avaient ouvert leur contrat sous l'ancien régime, le législateur a instauré un taux préférentiel sur les versements antérieurs à cette date.
Taux applicable aux versements avant le 27/09/2017, contrat de plus de 8 ans
Taux d'imposition sur le revenu : 7,5 % (au lieu de 12,8 %)
Prélèvements sociaux : 17,2 % (inchangés)
Total : 24,7 % au lieu de 30 %
Sur 10 000 euros de plus-value, cela représente 530 euros d'économie.
Le cas mixte : versements avant et après 2017
Vous avez versé 50 000 euros avant 2017 et 20 000 euros après. L'administration fiscale calcule un taux moyen pondéré en fonction de la proportion de chaque type de versements.
Exemple de calcul
Plus-value totale : 30 000 euros
Versements avant 2017 : 50 000 euros soit 71 % du total
Versements après 2017 : 20 000 euros soit 29 % du total
Plus-value liée aux versements pré-2017 : 30 000 × 71 % = 21 300 euros → taxée à 24,7 %
Plus-value liée aux versements post-2017 : 30 000 × 29 % = 8 700 euros → taxée à 30 %
Taux moyen effectif : 26,2 %
Notre calculateur gère ce cas automatiquement. Vous entrez le montant des versements avant 2017, il fait le reste.
Source : Loi de finances 2018, article 28
Le cas des contrats de plus de 150 000 euros
Si vos versements totaux, tous contrats d'assurance-vie confondus, dépassent 150 000 euros, une règle supplémentaire peut s'appliquer. Beaucoup de gens la comprennent mal.
Ce qu'on entend souvent
« J'ai plus de 150 000 euros sur mon assurance-vie, donc je vais payer une taxe supplémentaire à chaque rachat. »
Ce qui se passe réellement
Cette règle ne concerne pas les rachats effectués de votre vivant. Elle concerne uniquement les versements effectués après vos 70 ans et qui dépassent 152 500 euros. Et même dans ce cas, elle ne s'applique qu'au moment de votre décès, pour les bénéficiaires.
Si vous avez versé 200 000 euros avant vos 70 ans et que votre capital a grandi jusqu'à 300 000 euros, vous n'êtes pas concerné par cette taxe. Ni pour vos rachats, ni pour la transmission à votre décès.
Les trois conditions cumulatives pour que cette taxe s'applique
1. Les versements ont été effectués après vos 70 ans
2. Ces versements dépassent 152 500 euros au total, tous contrats confondus
3. L'assureur verse le capital aux bénéficiaires après votre décès
Source : Article 990 I du CGI
Trois cas comparés : l'écart selon le timing
1. Retirer juste avant les 8 ans
Votre contrat a 7 ans et 10 mois. Vous avez besoin d'argent et vous retirez maintenant. L'écart : 1 380 euros pour 60 jours de différence.
Retrait immédiat
Plus-value : 15 000 euros
Abattement : 0 euro
Impôt à 30 % : 4 500 euros
Attente de 2 mois
Plus-value : 15 000 euros
Abattement : 4 600 euros
Impôt à 30 % : 3 120 euros
Coût de l'erreur : 1 380 euros pour 60 jours d'impatience
2. Faire un gros rachat en décembre plutôt qu'à cheval sur deux ans
L'abattement de 4 600 euros se renouvelle à chaque année civile. Fractionner un retrait important entre décembre et janvier permet de l'utiliser deux fois.
Rachat unique en décembre
Plus-value : 24 000 euros
Abattement : 4 600 euros
Plus-value taxable : 19 400 euros
Impôt : 5 820 euros
Fractionné déc. + janv.
Déc. : 12 000 euros de PV → 7 400 euros taxables
Janv. : 12 000 euros de PV → 7 400 euros taxables
Total taxable : 14 800 euros
Impôt : 4 440 euros
Coût de l'erreur : 1 380 euros pour 1 mois d'attente
3. Laisser le PFU s'appliquer sans vérifier
Le PFU s'applique automatiquement si vous ne demandez rien. Si votre TMI est à 11 %, l'option IR est moins taxée que le PFU — mais elle n'est jamais appliquée par défaut.
PFU par défaut
Plus-value taxable : 10 000 euros
Taux : 30 %
Impôt : 3 000 euros
Option IR + prél. sociaux
Plus-value taxable : 10 000 euros
Taux : 11 % + 17,2 % = 28,2 %
Impôt : 2 820 euros
Coût de l'erreur : 180 euros sur cet exemple, bien plus sur de gros montants
4. Oublier les versements avant 2017
Vous avez ouvert votre contrat en 2010 et versé 100 000 euros. Vous pensez que tout sera taxé à 30 %. C'est faux. Tous vos versements effectués avant le 27 septembre 2017 bénéficient du taux réduit de 24,7 %.
Taux 30 % sur 20 000 euros de plus-value : 6 000 euros d'impôt
Taux 24,7 % sur 20 000 euros de plus-value : 4 940 euros d'impôt
Économie : 1 060 euros. Automatiquement.
5. Confondre le montant retiré et la plus-value taxable
Vous retirez 50 000 euros. Vous pensez payer des impôts sur 50 000 euros. C'est l'erreur la plus courante et la plus coûteuse en termes d'anxiété inutile.
Impôt imaginé : 50 000 × 30 % = 15 000 euros
Règle proportionnelle : plus-value dans le rachat = 50 000 × 30 % = 15 000 euros
Abattement des 8 ans : 15 000 − 4 600 = 10 400 euros taxables
Impôt réel : 10 400 × 30 % = 3 120 euros
Cas concrets : 3 profils, 3 calculs
Pour chaque exemple, on part du même contrat : plus de 8 ans d'ancienneté, 100 000 euros de capital, 70 000 euros de versements, 30 000 euros de plus-value.
Cas 1
Jean, retraité modeste
68 ans. Pension annuelle de 18 000 euros. Taux marginal : 0 % (non imposable).
Retirer 50 000 euros pour financer des travaux.
Règle proportionnelle
Plus-value dans le rachat : 50 000 × (30 000 ÷ 100 000) = 15 000 euros
Abattement 8 ans
Plus-value taxable : 15 000 − 4 600 = 10 400 euros
PFU
10 400 × 30 % = 3 120 euros
IR + prél. sociaux
10 400 × (0 % + 17,2 %) = 1 789 euros
Avec un taux marginal à 0 %, l'option IR est moins coûteuse de 1 331 euros. Jean doit le demander explicitement lors de sa déclaration.
Cas 2
Marie, cadre supérieure
45 ans. Salaire de 90 000 euros par an. Taux marginal : 41 %.
Retirer 30 000 euros pour un apport immobilier.
Règle proportionnelle
Plus-value dans le rachat : 30 000 × 30 % = 9 000 euros
Abattement 8 ans
Plus-value taxable : 9 000 − 4 600 = 4 400 euros
PFU
4 400 × 30 % = 1 320 euros
IR + prél. sociaux
4 400 × (41 % + 17,2 %) = 2 561 euros
Avec un taux marginal à 41 %, le PFU est moins coûteux de 1 241 euros. Le PFU s'applique ici par défaut, ce qui est la bonne option.
Cas 3
Paul et Sophie, couple retraité
70 ans chacun. Pensions cumulées de 48 000 euros par an. Taux marginal : 11 %. Tous les versements (70 000 euros) ont été effectués avant le 27 septembre 2017.
Retirer 60 000 euros pour aider leurs enfants.
Règle proportionnelle
Plus-value dans le rachat : 60 000 × 30 % = 18 000 euros
Abattement couple (9 200 euros)
Plus-value taxable : 18 000 − 9 200 = 8 800 euros
Taux réduit pré-2017
Tous les versements datent d'avant 2017 → taux PFU réduit à 24,7 %
PFU
8 800 × 24,7 % = 2 174 euros
IR + prél. sociaux
8 800 × (11 % + 17,2 %) = 2 482 euros
Le PFU avec taux réduit est moins coûteux de 308 euros. Les versements pré-2017 jouent ici en faveur du PFU malgré un taux marginal faible.
Optimisations légales
Quatre réflexes à adopter pour réduire votre fiscalité dans le respect total de la loi.
1. Fractionner les rachats importants à cheval sur deux années civiles
L'abattement de 4 600 euros (ou 9 200 euros en couple) se renouvelle le 1er janvier. Si vous avez besoin de 100 000 euros, retirez 50 000 euros en décembre et 50 000 euros en janvier. Vous utilisez deux fois l'abattement annuel.
2. Attendre les 8 ans si vous en êtes proche
Si votre contrat a entre 7 ans et 8 mois et 8 ans, patientez avant de retirer. Sur 10 000 euros de plus-value, l'abattement représente 1 380 euros d'impôts économisés.
3. Toujours comparer PFU et option IR avant de retirer
Ne laissez jamais le PFU s'appliquer automatiquement sans avoir vérifié votre taux marginal. Si vous êtes à 0 ou 11 %, l'option IR vous fera économiser de l'argent. Il faut le demander lors de votre déclaration annuelle.
4. Préférer les rachats partiels au rachat total
Clôturer votre contrat pour en ouvrir un nouveau remet le compteur à zéro. Vous perdez votre antériorité fiscale et votre abattement des 8 ans, s'il était acquis. Un rachat partiel préserve tout cela.
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Textes de loi
- -Article 125-0 A du CGI
Fiscalité des rachats, abattements annuels
- -Article 990 I du CGI
Prélèvement spécifique sur versements après 70 ans dépassant 152 500 euros
- -Loi de finances 2018, article 28
Réforme PFU et date pivot du 27 septembre 2017
- -Article L136-7 du Code de la Sécurité Sociale
Prélèvements sociaux : CSG + CRDS = 17,2 %
Documentation officielle
- -BOFiP - RPPM-RCM-20-10-20
Règle proportionnelle et exemples de calculs détaillés
- -Service-Public.fr
Fiche pratique sur la fiscalité de l'assurance-vie
Formules clés
1. Règle proportionnelle
PV dans le rachat = Montant retiré × (PV totale ÷ Capital total)
2. Plus-value taxable
PV taxable = PV dans le rachat − Abattement annuel
3. Impôt au PFU
Impôt = PV taxable × 30 % (ou 24,7 % si versements avant 2017)
4. Impôt à l'IR + prélèvements sociaux
Impôt = PV taxable × (TMI + 17,2 %)
Outil indicatif uniquement. Ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Code source ouvert