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Assurance-vie : combien vous allez vraiment payer sur un rachat

Fiscalité·11 min de lecture·18 avril 2026

Vous avez 100 000 euros sur une assurance-vie. 70 000 euros de versements, 30 000 euros de gains. Vous voulez retirer 50 000 euros. Combien allez-vous payer d'impôts ?

Si vous demandez à votre banquier, votre beau-frère, et Google, vous obtiendrez trois réponses différentes. Et aucune ne sera complète.

La fiscalité du rachat d'assurance-vie n'est pas une simple multiplication. C'est un empilement de règles qui interagissent : la règle proportionnelle, l'abattement des 8 ans, la date pivot du 27 septembre 2017, le choix entre PFU et impôt sur le revenu.

Dans cet article, on décortique tout. Formules, calculs, pièges, exemples chiffrés. Pas de marketing.

Avertissement

Cet article compare les options fiscales disponibles. Il ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Chaque situation est unique. Pour une décision adaptée à votre cas, consultez un expert-comptable, un avocat fiscaliste ou un conseiller en gestion de patrimoine indépendant.

Lexique - avant de commencer

Rachat

En assurance-vie, on ne dit pas « retrait » mais « rachat ». Un rachat partiel, c'est retirer une partie de votre épargne tout en gardant le contrat actif. Un rachat total, c'est clôturer le contrat et récupérer l'intégralité du capital. Ce vocabulaire n'a aucune conséquence pratique sur le calcul de l'impôt.

Plus-value (ou gain)

La différence entre ce que votre contrat vaut aujourd'hui et ce que vous avez versé. Si vous avez versé 70 000 euros et que votre contrat vaut 100 000 euros, votre plus-value est de 30 000 euros. C'est uniquement sur cette plus-value que l'impôt est calculé, pas sur l'ensemble du contrat.

PFU - Prélèvement Forfaitaire Unique

Un taux d'imposition fixe de 30 % qui s'applique sur les gains financiers. Il se décompose en 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. On l'appelle aussi « flat tax ». Il s'applique par défaut sur vos rachats d'assurance-vie, sauf si vous choisissez l'option IR.

TMI - Taux Marginal d'Imposition

Le taux qui s'applique sur votre dernière tranche de revenus. En 2025, les tranches sont 0 %, 11 %, 30 %, 41 % et 45 %. Un salarié qui gagne 45 000 euros nets imposables est à 30 % de TMI. Ce taux est important parce qu'il détermine si le PFU ou l'option IR est plus avantageuse pour vous.

Antériorité fiscale

L'ancienneté de votre contrat d'assurance-vie, calculée depuis la date d'ouverture. Un contrat ouvert il y a 9 ans a une antériorité de 9 ans. C'est cette ancienneté qui détermine si vous bénéficiez de l'abattement des 8 ans. Si vous clôturez un vieux contrat et en ouvrez un nouveau, vous perdez cette antériorité.

Outil associé

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Le piège n°1 : croire qu'on taxe tout le rachat

Ce qu'on entend souvent

« Je retire 50 000 euros, je vais payer 30 % dessus, soit 15 000 euros d'impôts. »

Ce qui se passe réellement

On taxe uniquement la plus-value contenue dans votre rachat. Pas le capital que vous avez versé. Jamais.

La règle proportionnelle

Quand vous retirez de l'argent, l'administration fiscale applique une règle simple. Votre rachat contient la même proportion de plus-value que l'ensemble de votre contrat.

Si votre contrat est composé à 30 % de gains, alors chaque euro que vous retirez contient 30 centimes de gains taxables. Pas plus.

Formule

Plus-value dans le rachat = Montant retiré × (Plus-value totale ÷ Capital total)

Application à notre exemple

Capital total du contrat : 100 000 euros

Versements : 70 000 euros · Plus-value : 30 000 euros

Taux de plus-value dans le contrat : 30 %

Vous retirez 50 000 euros

Plus-value dans le rachat : 50 000 × 30 % = 15 000 euros

Capital remboursé (non taxé) : 50 000 − 15 000 = 35 000 euros

Vous paierez des impôts sur 15 000 euros de plus-value. Pas sur les 50 000 euros retirés.

Source : BOFiP - RPPM-RCM-20-10-20

L'abattement des 8 ans

Si votre contrat a plus de 8 ans, l'État vous accorde une réduction annuelle sur la plus-value taxable. C'est l'abattement des 8 ans.

Le montant de cet abattement est de 4 600 euros par an pour une personne seule, et de 9 200 euros pour un couple marié ou pacsé. Il se renouvelle chaque année civile.

Contrat de moins de 8 ans

Plus-value dans le rachat : 15 000 euros

Abattement : 0 euro

Plus-value taxable : 15 000 euros

Contrat de plus de 8 ans (personne seule)

Plus-value dans le rachat : 15 000 euros

Abattement : 4 600 euros

Plus-value taxable : 10 400 euros

Ce que ça représente concrètement

4 600 euros × 30 % (PFU) = 1 380 euros d'impôts économiséschaque année, uniquement grâce à l'ancienneté du contrat.

Le piège du « presque 8 ans »

Votre contrat a 7 ans et 11 mois. Vous avez un besoin urgent de liquidités. Deux options s'offrent à vous.

Option A - Retirer maintenant

Plus-value taxable : 15 000 euros (aucun abattement)

Impôt : 15 000 × 30 % = 4 500 euros

Option B - Attendre 1 mois

Plus-value taxable : 10 400 euros (après abattement de 4 600 euros)

Impôt : 10 400 × 30 % = 3 120 euros

1 380 euros économisés en attendant 30 jours.

C'est souvent la période la plus rentable de toute la vie d'un contrat. Un mois d'attente peut valoir plusieurs milliers d'euros.

PFU ou IR : lequel choisir ?

Depuis 2018, vous avez deux façons de payer l'impôt sur vos plus-values d'assurance-vie.

Option 1 - PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique)

Taux fixe de 30 % sur vos plus-values, quelle que soit votre tranche d'imposition. Il se décompose en 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. C'est l'option appliquée par défaut si vous ne demandez rien.

Avantage : simple. Inconvénient : peut être coûteux si votre taux marginal est faible.

Option 2 - IR + prélèvements sociaux

Vos plus-values sont intégrées à votre revenu imposable et taxées à votre taux marginal, auquel s'ajoutent les 17,2 % de prélèvements sociaux. Vous devez le demander explicitement lors de votre déclaration.

Avantage : souvent moins cher si votre TMI est à 0 ou 11 %. Inconvénient : plus complexe à gérer.

Le tableau de comparaison

Votre TMIIR + prélèvements sociauxPFUÉcart
0 %17,2 %30 %Le PFU coûte 74 % de plus
11 %28,2 %30 %Le PFU coûte 6 % de plus
30 %47,2 %30 %L'IR coûte 57 % de plus
41 %58,2 %30 %L'IR coûte 94 % de plus
45 %62,2 %30 %L'IR coûte 107 % de plus

La règle simple

Si votre taux marginal est à 0 ou 11 %, l'option IR est généralement plus avantageuse. À partir de 30 %, le PFU est nettement préférable. Ne laissez jamais le PFU s'appliquer par défaut sans avoir vérifié votre situation.

Source : Article 125-0 A du CGI

La date du 27 septembre 2017

Si vous avez effectué des versements avant le 27 septembre 2017, vous bénéficiez d'un taux réduit sur ces versements, à condition que votre contrat ait plus de 8 ans.

Voici pourquoi. La loi de finances 2018 a créé le PFU à 30 %. Pour ne pas pénaliser rétroactivement les épargnants qui avaient ouvert leur contrat sous l'ancien régime, le législateur a instauré un taux préférentiel sur les versements antérieurs à cette date.

Taux applicable aux versements avant le 27/09/2017, contrat de plus de 8 ans

Taux d'imposition sur le revenu : 7,5 % (au lieu de 12,8 %)

Prélèvements sociaux : 17,2 % (inchangés)

Total : 24,7 % au lieu de 30 %

Sur 10 000 euros de plus-value, cela représente 530 euros d'économie.

Le cas mixte : versements avant et après 2017

Vous avez versé 50 000 euros avant 2017 et 20 000 euros après. L'administration fiscale calcule un taux moyen pondéré en fonction de la proportion de chaque type de versements.

Exemple de calcul

Plus-value totale : 30 000 euros

Versements avant 2017 : 50 000 euros soit 71 % du total

Versements après 2017 : 20 000 euros soit 29 % du total

Plus-value liée aux versements pré-2017 : 30 000 × 71 % = 21 300 euros → taxée à 24,7 %

Plus-value liée aux versements post-2017 : 30 000 × 29 % = 8 700 euros → taxée à 30 %

Taux moyen effectif : 26,2 %

Notre calculateur gère ce cas automatiquement. Vous entrez le montant des versements avant 2017, il fait le reste.

Source : Loi de finances 2018, article 28

Le cas des contrats de plus de 150 000 euros

Si vos versements totaux, tous contrats d'assurance-vie confondus, dépassent 150 000 euros, une règle supplémentaire peut s'appliquer. Beaucoup de gens la comprennent mal.

Ce qu'on entend souvent

« J'ai plus de 150 000 euros sur mon assurance-vie, donc je vais payer une taxe supplémentaire à chaque rachat. »

Ce qui se passe réellement

Cette règle ne concerne pas les rachats effectués de votre vivant. Elle concerne uniquement les versements effectués après vos 70 ans et qui dépassent 152 500 euros. Et même dans ce cas, elle ne s'applique qu'au moment de votre décès, pour les bénéficiaires.

Si vous avez versé 200 000 euros avant vos 70 ans et que votre capital a grandi jusqu'à 300 000 euros, vous n'êtes pas concerné par cette taxe. Ni pour vos rachats, ni pour la transmission à votre décès.

Les trois conditions cumulatives pour que cette taxe s'applique

1. Les versements ont été effectués après vos 70 ans

2. Ces versements dépassent 152 500 euros au total, tous contrats confondus

3. L'assureur verse le capital aux bénéficiaires après votre décès

Source : Article 990 I du CGI

Trois cas comparés : l'écart selon le timing

1. Retirer juste avant les 8 ans

Votre contrat a 7 ans et 10 mois. Vous avez besoin d'argent et vous retirez maintenant. L'écart : 1 380 euros pour 60 jours de différence.

Retrait immédiat

Plus-value : 15 000 euros

Abattement : 0 euro

Impôt à 30 % : 4 500 euros

Attente de 2 mois

Plus-value : 15 000 euros

Abattement : 4 600 euros

Impôt à 30 % : 3 120 euros

Coût de l'erreur : 1 380 euros pour 60 jours d'impatience

2. Faire un gros rachat en décembre plutôt qu'à cheval sur deux ans

L'abattement de 4 600 euros se renouvelle à chaque année civile. Fractionner un retrait important entre décembre et janvier permet de l'utiliser deux fois.

Rachat unique en décembre

Plus-value : 24 000 euros

Abattement : 4 600 euros

Plus-value taxable : 19 400 euros

Impôt : 5 820 euros

Fractionné déc. + janv.

Déc. : 12 000 euros de PV → 7 400 euros taxables

Janv. : 12 000 euros de PV → 7 400 euros taxables

Total taxable : 14 800 euros

Impôt : 4 440 euros

Coût de l'erreur : 1 380 euros pour 1 mois d'attente

3. Laisser le PFU s'appliquer sans vérifier

Le PFU s'applique automatiquement si vous ne demandez rien. Si votre TMI est à 11 %, l'option IR est moins taxée que le PFU — mais elle n'est jamais appliquée par défaut.

PFU par défaut

Plus-value taxable : 10 000 euros

Taux : 30 %

Impôt : 3 000 euros

Option IR + prél. sociaux

Plus-value taxable : 10 000 euros

Taux : 11 % + 17,2 % = 28,2 %

Impôt : 2 820 euros

Coût de l'erreur : 180 euros sur cet exemple, bien plus sur de gros montants

4. Oublier les versements avant 2017

Vous avez ouvert votre contrat en 2010 et versé 100 000 euros. Vous pensez que tout sera taxé à 30 %. C'est faux. Tous vos versements effectués avant le 27 septembre 2017 bénéficient du taux réduit de 24,7 %.

Taux 30 % sur 20 000 euros de plus-value : 6 000 euros d'impôt

Taux 24,7 % sur 20 000 euros de plus-value : 4 940 euros d'impôt

Économie : 1 060 euros. Automatiquement.

5. Confondre le montant retiré et la plus-value taxable

Vous retirez 50 000 euros. Vous pensez payer des impôts sur 50 000 euros. C'est l'erreur la plus courante et la plus coûteuse en termes d'anxiété inutile.

Impôt imaginé : 50 000 × 30 % = 15 000 euros

Règle proportionnelle : plus-value dans le rachat = 50 000 × 30 % = 15 000 euros

Abattement des 8 ans : 15 000 − 4 600 = 10 400 euros taxables

Impôt réel : 10 400 × 30 % = 3 120 euros

Cas concrets : 3 profils, 3 calculs

Pour chaque exemple, on part du même contrat : plus de 8 ans d'ancienneté, 100 000 euros de capital, 70 000 euros de versements, 30 000 euros de plus-value.

Cas 1

Jean, retraité modeste

68 ans. Pension annuelle de 18 000 euros. Taux marginal : 0 % (non imposable).

Retirer 50 000 euros pour financer des travaux.

Règle proportionnelle

Plus-value dans le rachat : 50 000 × (30 000 ÷ 100 000) = 15 000 euros

Abattement 8 ans

Plus-value taxable : 15 000 − 4 600 = 10 400 euros

PFU

10 400 × 30 % = 3 120 euros

IR + prél. sociaux

10 400 × (0 % + 17,2 %) = 1 789 euros

Avec un taux marginal à 0 %, l'option IR est moins coûteuse de 1 331 euros. Jean doit le demander explicitement lors de sa déclaration.

Cas 2

Marie, cadre supérieure

45 ans. Salaire de 90 000 euros par an. Taux marginal : 41 %.

Retirer 30 000 euros pour un apport immobilier.

Règle proportionnelle

Plus-value dans le rachat : 30 000 × 30 % = 9 000 euros

Abattement 8 ans

Plus-value taxable : 9 000 − 4 600 = 4 400 euros

PFU

4 400 × 30 % = 1 320 euros

IR + prél. sociaux

4 400 × (41 % + 17,2 %) = 2 561 euros

Avec un taux marginal à 41 %, le PFU est moins coûteux de 1 241 euros. Le PFU s'applique ici par défaut, ce qui est la bonne option.

Cas 3

Paul et Sophie, couple retraité

70 ans chacun. Pensions cumulées de 48 000 euros par an. Taux marginal : 11 %. Tous les versements (70 000 euros) ont été effectués avant le 27 septembre 2017.

Retirer 60 000 euros pour aider leurs enfants.

Règle proportionnelle

Plus-value dans le rachat : 60 000 × 30 % = 18 000 euros

Abattement couple (9 200 euros)

Plus-value taxable : 18 000 − 9 200 = 8 800 euros

Taux réduit pré-2017

Tous les versements datent d'avant 2017 → taux PFU réduit à 24,7 %

PFU

8 800 × 24,7 % = 2 174 euros

IR + prél. sociaux

8 800 × (11 % + 17,2 %) = 2 482 euros

Le PFU avec taux réduit est moins coûteux de 308 euros. Les versements pré-2017 jouent ici en faveur du PFU malgré un taux marginal faible.

Optimisations légales

Quatre réflexes à adopter pour réduire votre fiscalité dans le respect total de la loi.

1. Fractionner les rachats importants à cheval sur deux années civiles

L'abattement de 4 600 euros (ou 9 200 euros en couple) se renouvelle le 1er janvier. Si vous avez besoin de 100 000 euros, retirez 50 000 euros en décembre et 50 000 euros en janvier. Vous utilisez deux fois l'abattement annuel.

2. Attendre les 8 ans si vous en êtes proche

Si votre contrat a entre 7 ans et 8 mois et 8 ans, patientez avant de retirer. Sur 10 000 euros de plus-value, l'abattement représente 1 380 euros d'impôts économisés.

3. Toujours comparer PFU et option IR avant de retirer

Ne laissez jamais le PFU s'appliquer automatiquement sans avoir vérifié votre taux marginal. Si vous êtes à 0 ou 11 %, l'option IR vous fera économiser de l'argent. Il faut le demander lors de votre déclaration annuelle.

4. Préférer les rachats partiels au rachat total

Clôturer votre contrat pour en ouvrir un nouveau remet le compteur à zéro. Vous perdez votre antériorité fiscale et votre abattement des 8 ans, s'il était acquis. Un rachat partiel préserve tout cela.

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Méthodologie et sources

Textes de loi

Documentation officielle

Formules clés

1. Règle proportionnelle

PV dans le rachat = Montant retiré × (PV totale ÷ Capital total)

2. Plus-value taxable

PV taxable = PV dans le rachat − Abattement annuel

3. Impôt au PFU

Impôt = PV taxable × 30 % (ou 24,7 % si versements avant 2017)

4. Impôt à l'IR + prélèvements sociaux

Impôt = PV taxable × (TMI + 17,2 %)

Outil indicatif uniquement. Ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Code source ouvert